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La truite de Corse

La truite corse est une sous-espèce de la truite commune ou fario (Salmo trutta). Elle a été décrite pour la première fois par Duméril en 1858 qui l'a rattachée à la sous-espèce "macrostigma" décrite en Algérie sur la base des caracrtéristiques morphométriques et plus particulièrement de la ponctuation (macrostigma = grosses tâches).

Toutefois, le nom de "macrostigma" ayant été donné pour la première fois aux truites d'Algérie, il ne devrait pas être employé ailleurs tant qu'on n'a pas la certitude que les truites sont similaires. Aussi, pour la truite corse le mot "macrostigma" n'est pas écrit en italique car il n'y a pas encore eu de comparaison entre les truites algériennes et corses. De plus, dans certaines publications (assez rares) la truite de Corse est également appelée "Salmo cettii". Aussi, afin de communiquer aisément nous conservons ce terme de "macrostigma" qui est largement employé (dans les Directives européennes,...). Toutefois, prochainement il faudra trouver un consensus avec les différents scientifiques pour la nomenclature de la truite corse.

Les poissons d’eau douce de Corse

La faune des poissons d’eau douce de Corse est actuellement composée de 32 espèces dont 12 sont autochtones : la truite de rivière (méditerranéenne et corse), la blennie, l’anguille, l’épinoche, l’alose feinte, l’athérine;… et 20 introduites : le chevaine, le gardon, ….

 

Dans ce peuplement on peut distinguer les espèces vivant exclusivement en eau douce (Holobiotique ou dulçaquicoles) comme la truite, et celles vivant à la fois dans les eaux douces et les eaux salées (amphibiotiques) comme le mulet, l’alose,….

 

En Corse, il existe 2 espèces de truite : la truite de rivière ou fario (Salmo trutta) présente dans toute l’Europe et qui est représentée dans l’île par 3 souches (corse, méditerranéenne et atlantique), et la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) provenant d’Amérique du Nord. Parmi ces différentes truites, 2 sont présentes naturellement dans l’île (la corse et la méditerranéenne) et 2 ont été introduites par l’homme (l’atlantique qui est élevée en pisciculture et l’arc en ciel).

La truite dans l'eau

La truite de Corse

L’expression la « truite de Corse » représente les deux formes de truites sauvages, c'est-à-dire arrivées naturellement dans l’île (par opposition aux formes introduites par l’homme) : la corse (Salmo trutta de type macrostigma) et la méditerranéenne.

Description

Les deux taxons représentant la truite de Corse appartiennent à l’espèce « truite commune » (Salmo trutta) ou truite fario. En Corse, Duméril (1858) puis Spillman (1961) ont qualifié les truites sauvages de nos rivières comme appartenant à la sous espèce macrostigma (forme corse) sur la base de leurs caractéristiques morphométriques et principalement leurs ponctuations. La récente série d’analyses génétiques menées en Corse a conforté cette distinction entre la truite de Corse et les autres truites (souche de fario atlantique) et l’arc-en-ciel qui ont été introduites par l’homme 

 Ecologie

La truite de Corse accomplit son cycle biologique entièrement en eau douce. Elle se déplace entre les trois secteurs constituant son domaine vital :

  1. zones de repos,
  2. zones de croissance,
  3. zones de reproduction.

La truite se reproduit en période hivernale de novembre à janvier. Les œufs sont enfouis dans le substrat graveleux caractéristique des frayères. Les alevins se nourrissent grâce à leurs réserves vitellines pendant une vingtaine de jours. Après cette période ils peuvent se déplacer et se nourrir. Espèce carnivore et territoriale, la truite adulte chasse à vue. En  l’absence de petits poissons, elle se nourrit principalement de larves d’insectes, de vers, de mollusques, de petits crustacés et d’insectes volants.

 Les principales menaces qui pèsent sur elle  sont :

  1. le braconnage,
  2. l’introduction de truites atlantiques qui s’hybrident avec les formes locales,
  3. la dégradation de l’habitat, 
  4. Les impactes du changement climatique.

Historique

Il est habituel d’expliquer l’existence de trois formes de truites communes dans l’île par des arrivées successives, décalées dans le temps. Cette affirmation d’apparence simple, voire simpliste, pose en réalité de nombreuses questions pour des animaux dulçaquicoles.

Le premier problème à résoudre concerne l’ordre d’arrivée de ces populations

Il est évident que les truites atlantiques, de même que les truites arcen- ciel, sont d’introduction très récente et correspondent aux opérations de repeuplement à partir d’alevins ou d’oeufs. Ces opérations n’ayant pas débuté avant le milieu du XXe siècle. 

 

Il est habituellement admis que, parmi les deux autres formes, la truite corse serait la première à avoir peuplé l’île et que la truite méditerranéenne serait arrivée postérieurement (Berrebi, 1995). À notre connaissance, cette chronologie relative repose essentiellement sur la répartition spatiale des deux formes. Les truites « corses » sont localisées dans les seules parties hautes de certains cours d’eau, alors que les truites méditerranéennes sont ubiquistes. En assimilant les parties hautes des réseaux hydrographiques à des zones de refuge, on admet habituellement que les truites qui peuplent ces cours d’eau sont les plus anciennes.

 

Des marqueurs biologiques qui paraissent spécifiques à la truite corse confortent en apparence cette hypothèse (Jacolin, 1998). On notera au passage que la truite corse correspondrait,pour certains, à la truite macrostigma.

Lié au premier, le second problème à résoudre concerne la date « exacte » de l’établissement des peuplements

Autrement dit, il s’agit pour le géologue de passer de la chronologie relative (les truites corses sont plus vieilles que les truites méditerranéennes) à la chronologie absolue. À quelles époques les truites ou les deux populations sont-elles arrivées dans l’île ? Deux possibilités sont alors à envisager :

  1. Leur arrivée en Corse au moment où celle-ci est reliée à la terre ferme.
  2. La migration dans une Méditerranée à la salinité très faible, compatible avec la vie des truites en haute mer.

L’histoire géologique de la Corse montre (Gauthier 2006) :

  1. que l’île était encore reliée au continent européen il y a 20 millions d’années (Ma) ;
  2. qu’ensuite, du fait de la dérive, elle a été une île (probablement entre 18 Ma et 6 Ma) ;
  3. que l’assèchement partiel ou total de la Méditerranée (pendant environ 1Ma, entre 6 et 5Ma, au cours de la régression messinienne) a pu permettre des relations entre terres environnantes ;
  4. que depuis 5 Ma, la Corse est redevenue une île ;
  5. qu’au cours des glaciations quaternaires (au cours des deux derniers millions d’années), le niveau de la mer a pu s’abaisser fortement, à plusieurs reprises, sans toutefois rattacher la Corse au continent italien.

Deux inconnues subsistent toutefois pour les deux derniers millions d’années :

  1. S’il est quasi certain que les dernières glaciations quaternaires (Würm) et les régressions marines correspondantes n’ont pas permis de passage à pied sec entre Italie et Corse par l’intermédiaire des îles toscanes, ce point est moins catégorique pour les premières glaciations moins bien connues. 
  2. Par ailleurs, le rôle de la tectonique récente pose également quelques problèmes. Des accidents tectoniques ont-ils pu approfondir le canal de Corse et en modifier la bathymétrie ? Si tel était le cas, les reconstitutions basées sur la topographie actuelle des fonds seraient inexactes.

Enfin, on doit considérer une contrainte que l’on ne semble pas avoir assez prise en compte. Il faut en effet, pour expliquer le peuplement, ne pas oublier qu’au cours du Quaternaire, la haute montagne corse était recouverte de neiges persistantes (Conchon 1975); que des glaciers descendaient dans les vallées, parfois jusqu’aux environs de 1000 mètres et, cela, jusqu’à une date récente ; enfin, que des plateaux comme le Cuscionu ou des cuvettes comme les Pozzi n’ont été libérés des glaces qu’il y a moins de 15000 ans.

En conséquence le peuplement des cours d’eau de haute montagne et des pozzines est donc postérieur à cette déglaciation et donc plus jeune que 15000 ans.

Si l’on tient compte de l’histoire géologique et de ses interrogations, mais aussi de ce que l’on sait de la vitesse d’évolution des animaux, il est peu probable que le premier peuplement insulaire en truites soit un vestige d’une population de 20 millions d’années.

La première population de truites a-t-elle migré en Corse il y a environ 5Ma?

Le peuplement s’est-il produit plus récemment lors d’une régression quaternaire suffisamment importante pour que le continent italien et la Corse soient reliés ?

Au contraire, doit-on invoquer les épisodes de déglaciations pour expliquer que la diminution de salinité de l’eau, consécutive à la fonte des glaciers, a permis aux truites de gagner les embouchures des fleuves insulaires à partir de la mer ?

Comme on peut le constater, nos connaissances sur la paléogéographie de la Corse ne sont pas assez précises pour permettre de dater les arrivées des truites en Corse. Tout au plus peut-on dire que ces arrivées sont relativement récentes (à l’échelle des temps géologiques).

Il faut également tenir compte des différences génétiques significatives entre truites corses méditerranéennes et atlantiques (domestiques). Ces trois formes pourraient être considérées comme des sousespèces géographiques (Bernatchez et al., 1992).

À titre d’hypothèse, on peut proposer une arrivée au cours du Quaternaire:

  1. Soit en invoquant une relation possible avec l’Italie lors d’une régression marine plus importante que celle identifiée au Würm au cours d’une des premières glaciations quartenaires et en imaginant en plus que la bathymétrie était alors différente.
  2. Soit en supposant, au contraire, que lors de la fonte des glaciers, l’abaissement de la salinité a permis aux truites de rejoindre à partir de la mer les cours d’eau insulaire. Dans ce dernier cas, la fonte des glaciers, lors de la dernière glaciation du Würm, ayant commencé il y a 15000 ans, nous fournirait une date possible pour la remontée des truites vers la partie supérieure des cours d’eau.

Il existe également une autre possibilité faisant intervenir un changement de comportement des truites méditerranéennes et corses durant les périodes glaciaires.

On constate qu’actuellement les diverses formes de truites méditerranéennes sont très sédentaires. En effet, lorsque l’on retrouve une truite en mer, elle est issue de repeuplements continentaux en truites atlantiques (Snoj et al., 2002). Ces dernières, en particulier les formes nordiques, sont migratrices.

Il est donc possible qu’au cours des épisodes glaciaires, à des périodes où la Méditerranée avait une température beaucoup plus basse, les truites méditerranéennes aient eu un comportement migrateur.

Ce comportement, joint à la baisse de salinité, permettrait d’expliquer le peuplement des cours d’eau insulaires sans qu’il soit nécessaire d’invoquer des ponts continentaux entre la Corse et les terres environnantes.

La truite dans l'eau

Une troisième question est posée par la répartition des truites « autochtones » : truites corses et méditerranéennes

Il faut en effet tenter de comprendre la ou les raisons pour lesquelles les populations de truites corses se trouvent aujourd’hui confinées dans la partie haute de certains cours d’eau de montagne.

Citons, comme exemple, les plateaux d’altitude de type Cuscionu, les plaines lacustres comme les Pozzi de Bastelica, de petits affluents de cours d’eau plus importants.

Il semble exister, dans tous ces cas, une ou plusieurs cascades qui isolent de fait la partie haute des zones aval. Dans plusieurs exemples, on rencontre, à l’aval de l’obstacle, des truites méditerranéennes ainsi que des hybrides de composition variable entre méditerranéennes et corses, alors qu’en amont on ne trouve que des truites corses.

Dans tous les cas, c’est l’obstacle, apparemment infranchissable aujourd’hui, à la remontée des truites, qui semble séparer les deux populations. Il est alors tentant d’imaginer que les truites corses ont gagné l’amont avant l’apparition de l’obstacle et qu’elles ont ensuite été isolées par celui-ci des populations méditerranéennes arrivées plus tardivement.

Les géologues s’accordent pour penser que le relief actuellement très montagneux de la Corse s’est progressivement édifié de la fin du Tertiaire à l’époque actuelle (Quaternaire).

Il existe plusieurs arguments en faveur de cette hypothèse (Durand-Delga 1978). 

Par exemple:

  1. Les couches calcaires de Saint-Florent, déposées au cours de la deuxième moitié de l’ère tertiaire, présentent une forte inclinaison. Elles ont donc été déformées depuis leur dépôt. Cette déformation correspond à la surrection du Cap et date probablement en partie du début du Quaternaire.
  2. Les principaux fleuves corses qui se jettent en mer tyrrhénienne se caractérisent par des gorges et de fortes dénivelées aux abords des plaines de l’est. Ces dénivelées s’expliquent probablement par la tectonique. Une partie au moins de cette dénivelée est lui aussi d’âge quaternaire.
  3. Deux fleuves au moins, le Golu et le Fium’Orbu, présentent des méandres recoupés qui s’expliquent par un encaissement de leur lit, encaissement en relation avec des changements de niveau de base au cours du Quaternaire.
  4. Les miroirs de faille sont nombreux en montagne et témoignent de l’existence de mouvements tectoniques.

Démontrer l’existence de mouvements tectoniques au cours du Quaternaire ne suffit malheureusement pas à prouver que ce sont ces mouvements qui ont donné naissance aux obstacles qui ont isolé les truites corses en altitude.

De plus, il nous paraît difficile, sinon impossible de dater cette apparition d’obstacles qui ont dû se former lentement. Enfin il ne faut pas oublier l’existence au cours du Quaternaire de plusieurs glaciations – dont la dernière a eu son apogée vers 20 000 ans –, au cours desquelles la haute montagne corse était recouverte par des neiges permanentes et les vallées occupées par des glaciers.

Des informations génétiques en confirmation

Les contraintes géologiques posées, il reste à savoir si le scénario d’une colonisation postglaciaire des truites corses en amont des cours d’eau est compatible avec la différenciation génétique observée. Cette question a été traitée en simulant mathématiquement des populations identiques et monomorphes arrivant en deux têtes d’un même bassin il y a environ 15 000 ans lors de la déglaciation des hauts bassins

 

En choisissant des effectifs de reproducteurs de 90 femelles et 270 mâles (c’est l’estimation obtenue pour la population actuelle du Val d’Ese dans le bassin-versant du Prunelli, riche de près de 7 000 truites, mais avec seulement 5 % de géniteurs), ces deux populations fictives se seraient fondées sans aucun polymorphisme de départ. Le marqueur microsatellite a un taux de mutation classique de 1/10 000. Sans rentrer dans les détails, deux modes d’évolution des marqueurs ont été testés. Le nombre de générations a été estimé à 5 000 (15 000/3 pour un âge moyen de reproduction à 3 ans)

Dans ces simulations, la différenciation obtenue entre les deux populations âgées de 15 000 ans, mesurée avec le paramètre Fst, allait de 0,46 à 0,99 ou de 0,003 à 0,99 selon le mode évolutif choisi pour le marqueur. Quand on réduit la taille des populations fondatrices à 12 géniteurs (cas réel actuel de Sant’Antone, Taravu), le Fst est très irrégulier et peut atteindre les extrêmes (0 à 1) en 5 000 générations.

En prenant en compte trois localités actuelles dans les trois bassins, les Fst entre populations du même bassin vont de 0 à 0,75. Par simulations, un isolement datant de 15000 ans permet d’atteindre ces valeurs de Fst. Nous pouvons donc conclure que les simulations génétiques ne s’opposent pas à une datation de l’isolement à 15 000 ans.

 

Une certitude et de multiples interrogations

Le peuplement de la haute montagne est postérieur à la fonte des derniers glaciers, c’est-à-dire postérieur à 15 000 ans.

 

  1. S’est-il produit à partir de truites qui étaient dans des zones plus basses et qui seraient arrivées dans l’île à la faveur de l’un ou l’autre des mécanismes invoqués ci-dessus ?
  2. Ces truites seraient alors remontées vers les parties hautes au fur et à mesure de la déglaciation ?
  3. Peut-on imaginer que certaines d’entre elles se trouvant en bordure de la partie terminale de la langue glaciaire seraient remontées en accompagnant sa fusion et en escamotant ainsi les obstacles ?

Si tel est le cas, il faut imaginer qu’une fois le glacier disparu, les truites n’avaient plus le moyen de franchir les obstacles. On peut invoquer pour cela la capacité des salmonidés à remonter une cascade en période de crue,au moment où l’eau qui passe par-dessus un obstacle forme un angle pas trop fort, et leur incapacité à remonter une chute d’eau verticale.

Une dernière explication doit être signalée. Il s’agit du peuplement volontaire de la partie supérieure des torrents par les bergers. Ces derniers voulaient ainsi se procurer des ressources alimentaires complémentaires en peuplant de truitelles des sections de cours d’eau dépourvues de poissons.

À titre d’exemple, deux vieux bergers de Binadelli, haute vallée du Tavignanu, nous ont expliqué comment des truitelles avaient été transportées, dans la première moitié du vingtième siècle,en amont de la cascade qui domine la bergerie.

En guise de conclusion

L’histoire géologique de la Corse pose des contraintes dont il faut tenir compte pour expliquer le peuplement animal de l’île et en particulier son peuplement en truites.

Ces contraintes sont différentes pour la partie aval des cours d’eau dans laquelle le peuplement peut être ancien et expliqué par l’une ou l’autre des hypothèses invoquées ci-dessus.

En ce qui concerne la partie amont, le peuplement ne peut être que récent (postérieur à 15 000 ans) et consécutif à la fonte des neiges permanentes et des glaciers. Cette hypothèse forte est compatible avec les données génétiques disponibles.

D’autres investigations seront nécessaires pour répondre aux quelques questions suivantes :

  1. De quand date l’arrivée des premières truites en Corse ? La truite corse ancestrale était-elle cette première truite ?
  2. La remontée vers les hauts bassins versants s’est-elle effectuée à l’occasion du réchauffement climatique d’alors et de la fonte des langues glaciaires ?
  3. Les obstacles rocheux une fois déglacés, ont-ils fonctionnés comme des barrières ?
32
Espèces qui composent la faune des poissons d'eau douce en Corse
12
Espèces autochtones
20
Espèces introduites

Biologie de l'espèce

Carte de répartition des premières populations connues

arte de répartition des premières populations connues
  • Prunelli (1.Calderamolla et 2. Val d’Ese)
  • Taravu (3.Veraculongu, 4.Sant’Antone et Uccialinu)
  • bassins du Golu (5. Corbica)
  • Fium’orbu (6. Marmanu et 7. Pozzi di Marmanu)

La truite Calderamolla

La truite de rivière présente un corps compressé latéralement, élancé et fusiforme. La tête, assez grosse,porte deux yeux moyens. La bouche largement fendue est dotée de deux mâchoires puissantes possédant chacune une rangée de dents pointues. Généralement, la mâchoire supérieure dépasse la mâchoire inférieure. La peau, recouverte de minuscules écailles est enduite d’un mucus protecteur. Le corps se termine par une nageoire caudale au bord externe concave, bien développée. Au cours des études du LIFE, on a pu constater que le phénotype (= la couleur ou la robe) des truites pures macrostigma varie d’un bassin versant à un autre, voire d’une rivière à une autre (voir galerie : "Les différentes robes"). Cela s’explique par le fait que le phénotype est lié au biotope et que ces populations sont isolées les unes des autres depuis des milliers d’années. Ainsi, chacune de ces populations isolées a développé une robe particulière liée à son environnement.

 

arte de répartition des premières populations connues
arte de répartition des premières populations connues

Ecologie de l'espèce

Ecologie

La truite corse (Salmo trutta de type macrostigma) est une variété de la truite commune (Salmo trutta) également appelée truite fario ou truite de rivière. En Corse,Duméril (1858), Roule (1933), puis Spillman (1961) ont qualifié les truites sauvages de nos rivières comme appartenant à la sous-espèce macrostigma sur la base de leurs caractéristiques morphométriques et principalement leurs ponctuations. La récente série d’analyses génétiques menées en Corse a conforté cette distinction entre la truite corse et les autres types identifiés (atlantique, méditerranéenne et arc-en-ciel) sans pour autant identifier cette truite comme la macrostigma décrite en Algérie par Duméril (1858).

La nutrition

La truite fario, et donc la macrostigma, est un carnassier redoutable faisant preuve d’un comportement territorial très prononcé lorsqu’elle se trouve sur son poste de chasse: tout intru est attaqué. La truite est strictement carnivore. Elle exploite toutes les ressources animales de la rivière. Son régime alimentaire varie ainsi en fonction des saisons et des heures de la journée: insectes, larves , mollusques,petits batraciens tels que les euproctes. 

Avec l’âge, les grosses truites capturent parfois des alevins et des truitelles. La truite chasse à vue et sélectionne ses proies en fonction de critères visuels, olfactifs et gustatifs. Le choix du poste de chasse est directement lié à la dérive 1 des invertébrés et à la vitesse du courant. Cependant, dans certaines zones plus calmes la truite « mouche », c’est-à-dire, elle gobe certains insectes volants qui s’approchent tout près de la surface.

La reproduction

Contrairement à celui de l’anguille, le cycle de reproduction de la truite se déroule entièrement en eau douce. La période de reproduction, appelée « frai », se déroule en hiver, de novembre à janvier, dans une eau froide (5° à 10 °C) et bien oxygénée. Cette période est précédée de la remontée des adultes vers les frayères situées en amont des rivières (zone supérieure). La maturité sexuelle est atteinte à 2 ans pour les mâles et à 3 ans pour les femelles. Ces dernières produisent 1 à 1,5 oeuf par gramme de poids vif. À l’aide de sa nageoire caudale, la femelle creuse une petite dépression dans une gravière et elle y dépose ses oeufs que les mâles fécondent tout de suite en expulsant leur laitance. À l’éclosion, après une durée d’incubation qui varie en fonction de la température de l’eau, les alevins mesurent entre 1,5 et 2,5 cm et présentent sous leur corps un sac vitellin.

En grandissant, les juvéniles développent un comportement territorial marqué; petit à petit, un système de hiérarchie se met en place pour l’occupation des meilleurs postes de chasse.

Les jeunes truites quittent progressivement la zone de reproduction pour des zones mieux adaptées à leur taille et à leurs besoins. Elles repeuplent ainsi les zones inférieures des cours d’eau.

Statut de protection

Salmo trutta de type macrostigma figure à l’annexe III de la convention de Berne et à l’annexe II de la directive européenne « Habitats » 92/43/CEE du 21 mai 1992 sous le terme de « Truite à grosses tâches : Salmo trutta macrostigma ». Elle est soumise à la réglementation de pêche qui fixe la taille, le nombre de captures autorisées et la période d’ouverture de la pêche. La destruction ou l’enlèvement de ses oeufs sont interdits par l’arrêté ministériel du 8 décembre 1988.

La truite dans l'eau

L’habitat des truites corses

Typologie

La truite corse est une espèce d’eau fraîche (température généralement comprise entre 0 °C et 20 °C) et oxygénée. Elle est observée dans tous les types de cours d’eau et certains lacs à partir de 200 m d’altitude (parfois moins si les eaux sont suffisamment froides). Elle colonise des habitats très divers,notamment en raison d’une occupation différente du milieu selon le type d’activité. La truite se met à l’abri dans des zones appelées « caches », profondes, ombragées et au courant lent. Dans ces repaires fournis par la nature (berges creuses, rochers, racines), elle peut tranquillement se reposer,protégée d’éventuels prédateurs, sans avoir à lutter contre le courant.

Lorsqu’elle a besoin de se nourrir, la truite occupe des postes de chasse situés dans des zones au courant plus fort. Le nombre de postes de chasse et le nombre d’abris disponibles contrôlent ainsi la répartition et la densité des truites dans une même rivière.

Le milieu

Le long d’un cours d’eau, plusieurs zones écologiques se succèdent sans réelle discontinuité (fig. 14). De l’amont vers l’aval, quatre zones principales peuvent ainsi être distinguées :

  • La zone des sources et des petits ruisselets (fig. 15), située près des sommets montagneux. L’eau y est très froide et très pure. La ripisylve est dominée par l’aulne nain et la végétation aquatique par des algues diatomées. De nombreuses espèces animales endémiques y ont été observées : beaucoup d’invertébrés mais aussi deux amphibiens urodèles (avec queue), la salamandre de Corse et l’euprocte de Corse.La zone des sources et des petits ruisselets (fig. 15), située près des sommets montagneux. L’eau y est très froide et très pure. La ripisylve est dominée par l’aulne nain et la végétation aquatique par des algues diatomées. De nombreuses espèces animales endémiques y ont été observées : beaucoup d’invertébrés mais aussi deux amphibiens urodèles (avec queue), la salamandre de Corse et l’euprocte de Corse. La zone à truite : elle peut être subdivisée en zone à truites supérieure et zone à truite inférieure.
    • La zone à truites supérieure est située au-dessus de 800 m. Il s’agit de torrents, riches en cascades et trous d’eau, aux eaux froides et oxygénées. C’est là que se situent les principales frayères à truites, où grossissent préférentiellement les alevins et les truitelles. L’anguille est généralement absente.
    • La zone à truites inférieure : elle se situe entre 800 et 200 m. La truite, espèce la plus abondante, et l’anguille composent le peuplement. De nombreuses larves d’invertébrés aquatiques sont présentes dans l’eau. Au-dessus de la surface, deux espèces de « libellules » peuvent être observées : l’æschne paisible et la frêle et élégante demoiselle agrion. La nuit, une chauve-souris particulièrement adaptée à la capture des insectes volants au-dessus de la surface, le murin d’Aubanton, parcourt le lit du cours d’eau. Deux amphibiens anoures endémiques cyrno-sardes se rencontrent : le discoglosse sarde et la rainette cyrno-sarde.Dans l’eau les diatomées sont toujours très abondantes tout comme, sur les berges, l’aulne glutineux. Parmi les autres animaux, un petit oiseau (de la taille d’un merle), le cincle plongeur, est présent ainsi qu’un amphibien anoure (sans queue), le discoglosse corse. La ripisylve est caractérisée par la présence de l’aulne cordé accompagné du pin laricio et/ou du hêtre.
    • La zone à anguilles (fig. 17) : il s’agit du cours inférieur, ou partie aval des rivières située en dessous de 200 m, dans les fonds de vallées et les plaines. La température y est plus chaude l’été et le courant moyen et lent. La granulométrie est composée de galets et d’éléments fins (sables). Le poisson dominant est l’anguille dans la partie haute ou zone à anguille supérieure. Au-dessous de 100 m, dans la zone à anguilles inférieure, un petit poisson à peau nue, la blennie fluviatile accompagne l’anguille. Le héron cendré et la cistude d’Europe sont aussi observés. Saules, peupliers, aulnes glutineux et essences du maquis constituent la ripisylve. Potamots et renoncules composent la végétation aquatique.
    • La zone d’influence marine (fig. 18) est le cours d’eau terminal des rivières. La zone d’embouchure assure la transition entre le milieu dulcicole (eau douce) et le milieu marin. Les eaux sont douces à saumâtres et chaudes. La granulométrie est très fine : sables et limons. Les poissons dominants sont les anguilles, les mulets, les athérines et les gambusies (introduites). Les autres vertébrés rencontrés fréquemment sont la poule d’eau, le petit gravelot et le crapaud vert. La végétation de la ripisylve est représentée par la canne de Provence, le roseau (phragmite) et le tamaris.

Répartition des zones écologiques le long du cours d’eau

 Le régime hydrologique

Le régime des cours d’eau, de type torrentiel, est marqué par de fortes variations de débit liées à l’irrégularité et l’intensité des pluies méditerranéennes. Les écarts entre les niveaux les plus bas en été (étiage) et les niveaux les plus hauts lors des crues peuvent être considérables. Le débit peut ainsi passer en quelques heures d’une centaine à plusieurs centaines de milliers de litres par seconde. Les étiages sévères et les crues violentes conditionnent la vie aquatique : seules survivent les espèces adaptées à cet environnement extrêmement sélectif.

Les menaces

Les populations de truites corses occupent les cours d’eau de montagne où l’activité humaine peut entraîner une dégradation du milieu. Ces sites sont soumis à une pression anthropique représentée, d’une part par des aménagements et, d’autre part, par une fréquentation importante liée à la pratique de la pêche, au pastoralisme et à la randonnée.

De ce fait, la survie de la truite macrostigma est étroitement liée à la gestion des cours d’eau. De plus, dans certains cas, les pollutions telles que les rejets domestiques insuffisamment traités perturbent le cycle de vie de la truite corse.

L’isolement génétique

Des trois menaces énoncées ci-dessus en découle une quatrième: l’isolement des populations pures. Cet isolement peut entraîner une perte de variabilité génétique qui peut engendrer une moindre adaptation aux perturbations du milieu.

Si la truite représente aujourd’hui une ressource alimentaire marginale, il n’en était pas de même dans le passé. En effet, les habitants des villages de l’intérieur de l’île (la majorité de la population jusqu’au milieu du XXe siècle) ont toujours considéré la truite comme un aliment très important pour varier les repas – car c’était très souvent le seul poisson consommé –, et également comme un mets très prisé pour les fêtes de famille (mariages, baptêmes…).

Aussi, comme dans d’autres régions de France, il n’était pas rare que des filets soient posés, que des parties de pêche à la main soient organisées… pour satisfaire les besoins de tout un chacun. Eu égard à la pauvreté qui sévissait alors dans l’île, peut-on vraiment en vouloir à ces gens qui pêchaient pour manger ?

En revanche, à partir des années 1970 environ, le braconnage a le plus souvent été pratiqué à des fins commerciales. Les braconniers ont alors cherché à améliorer leur « équipement » et ainsi des engins de pêche prohibés tels que les dynamos… ont fait leur apparition. Cette évolution du braconnage a été très néfaste aux populations de truite. En effet, ces nouveaux engins, légers et efficaces, permettent aux « malfaiteurs » de prélever des quantités de poisson très importantes en quelques heures et dans les lieux les plus reculés… où vit la macrostigma.

De plus, il ne faut pas oublier certains pêcheurs à la canne qui ne respectent pas la réglementation (à savoir, en Corse : 10 truites, d’une taille minimum de 18 cm pour les rivières et 23 cm pour les lacs, par jour et par pêcheur).

Les institutions de la pêche en France ont toujours favorisé dans le passé les lâchers de truites pour maintenir les populations. Cela a nécessité la domestication d’une souche sauvage de truite d’origine atlantique. Celle-ci fut alors élevée dans toutes les piscicultures et relâchées (au stade d’alevins ou d’oeufs dans les boîtes Vibert) dans une grande majorité des rivières de France.

Ce mode de renforcement des populations a commencé au début du siècle dernier, époque à laquelle on ne pouvait évaluer l’impact négatif des apports des souches allochtones sur les truites endémiques. On ne peut reprocher aux gens de l’époque d’avoir voulu maintenir les populations de truites. Malheureusement, ces différentes souches de truites farios peuvent s’hybrider entre elles. Ces apports de truites exogènes ont entraîné une introgression des populations de macrostigma.

 

Hybridation truite corse avec une truite atlantique

Hybridation truite corse avec une truite atlantique

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